Litiges de livraison :
Pourquoi les e-commerçants remboursent-ils leurs clients sans toujours se faire rembourser par leurs transporteurs ?
En France, le e-commerce génère plus de 100 milliards d’euros de chiffre d’affaires par an, et chaque expédition peut mal tourner : colis endommagé, non livré ou perdu pendant le retour. L’e-commerçant rembourse alors son client sans attendre, parce que la relation commerciale en dépend. La loi lui permet ensuite de récupérer cette somme auprès du transporteur. Dans les faits, une majorité d’e-commerçants y renonce.
Cette situation s’explique par plusieurs facteurs structurels et opérationnels.
Côté client, l’e-commerçant connaît la marche à suivre. Un ticket s’ouvre, le SAV rassemble les justificatifs et déclenche le remboursement. L’équipe le fait tous les jours et le processus tient.
Côté transporteurs, chacun a ses règles.
En effet, l’un accepte une déclaration par email, un autre impose un formulaire sur sa plateforme. Selon le transporteur, la réponse arrive entre deux et six semaines. Les preuves demandées changent aussi : des photos obligatoires chez l’un, un rapport d’inspection chez l’autre.
Le délai légal, lui, est très court. L’article L.133-3 du Code de commerce laisse 3 jours à compter de la réception pour signaler au transporteur un colis endommagé ou incomplet. Passé ce délai, plus aucune action n’est possible contre lui. Or pendant ces trois jours, le SAV s’occupe d’abord du client qui attend une réponse.
L’e-commerçant finit donc par ne déclarer que les incidents importants. Les petits dégâts, les cas difficiles à argumenter, et les dossiers hors délai passent à la trappe. Quand il ouvre une déclaration, il la suit un temps, puis l’abandonne devant un refus sans explication ou des relances qui n’en finissent pas. C’est de la trésorerie qui ne revient pas, faute de temps pour suivre chaque dossier jusqu’au bout.
Quand un client réclame, l’e-commerçant choisit la réponse : remboursement complet ou partiel, échange, avoir. Il agit tout de suite.
Quand c’est lui qui réclame au transporteur, les rôles s’inversent. Il ouvre un dossier, puis attend que le transporteur examine la demande et tranche. Pendant ce temps, l’argent a déjà quitté la trésorerie pour indemniser le client. Il porte donc tout le risque : si le transporteur refuse, la perte est définitive, et s’il accepte, l’e-commerçant n’a fait qu’avancer l’argent.
S’ajoute à cela un coût caché, le temps passé à aller d’un portail à l’autre, à relancer les dossiers et à s’adapter à des exigences de preuves qui changent. Au troisième refus d’un même transporteur, l’e-commerçant jette l’éponge sur les petits litiges et accepte la perte.
Le problème n’est pas du tout la mauvaise volonté des transporteurs, mais simplement les règles de remboursement sont souvent floues, pour toutes les parties. Chacun fixe ses propres critères pour accepter une réclamation, sans les annoncer clairement à l’avance.
L’e-commerçant ouvre un dossier avec les pièces dont il dispose. Le transporteur en réclame d’autres, qu’il n’avait pas prévues. Après plusieurs échanges et quelques semaines d’attente, la demande aboutit, ou elle est refusée. Et il faut tout recommencer avec le transporteur suivant, selon d’autres règles. Au quotidien, les équipes SAV n’ont pas la capacité d’absorber ce travail
Un e-commerçant connaît au centime près le montant des remboursements accordés à ses clients. Il sait rarement ce qu’il aurait pu récupérer auprès de ses transporteurs avec un suivi rigoureux.
Prenons un site qui expédie 50 000 colis par mois. Avec un taux d’incident de 0,5 %, une estimation prudente pour le secteur, 250 colis posent problème chaque mois. Pour un panier moyen de 80 €, l’e-commerçant rembourse 20 000 € à ses clients.
Si 30 % de ces incidents font l’objet d’une déclaration formelle, cela fait 75 dossiers. Le transporteur en accepte 40 %, soit 30 remboursements. L’e-commerçant récupère donc 2 400 € sur les 20 000 € qu’il a versés : 17 600 € restent à sa charge chaque mois, soit 211 200 € par an.
Ainsi, sans outil pour les mesurer, ces pertes n’apparaissent pas dans les KPI transport et se fondent dans le coût global de gestion des litiges. Le sujet remonte rarement en comité de direction, pour une raison simple : personne ne voit ce qui manque à gagner.
Le problème est aussi une question de rôles en interne.
Le service client (SAV) a pour mission première de satisfaire le client : répondre aux tickets, rembourser, échanger. Lui confier en plus les démarches administratives auprès des transporteurs le détourne de son cœur de métier.
L’équipe transport ou supply chain négocie les contrats et suit la qualité de service globale. Elle n’a en revanche aucune visibilité sur les incidents un par un, que le SAV traite au fil de l’eau.
Personne n’est donc chargé du dossier « litiges transport », et personne ne suit précisément le taux de refus, les délais de traitement ou les montants récupérés.
Suivre de près les déclarations aux transporteurs agit directement sur votre rentabilité. L’écart entre ce que vous remboursez à vos clients et ce que vous récupérez auprès de vos transporteurs, c’est de la marge perdue : 211 200 € par an pour un site qui expédie 50 000 colis par mois.
Pour récupérer cet sommes sans alourdir la charge de vos équipes, la solution passe par l’automatisation et le rapprochement systématique des anomalies d’expédition.
Chez DataFret, nous aidons les chargeurs et les e-commerçants à automatiser la détection et la gestion des litiges de livraison. Pour savoir ce que vous laissez sur la table, demandez-nous un diagnostic gratuit de vos coûts transporteurs : il identifie les montants que vous pouvez récupérer.
ARTICLES
Nouveautés sur DataFret, tendances et actualités sur la logistique, la supply chain, le transport, la comptabilité et la technologie.
28 février 2025
Feuille de Route Logistique 2025-2026 : La Supply Chain Française à un Tournant Stratégique
Fin 2024, la Journée France Logistique a marqué un tournant avec la présentation de la Feuille de route logistique et transport de marchandises 2025-2026. Que retenir pour les mois à venir ?
02 février 2025
Erreur de livraison : puis-je garder la marchandise ?
Une question fréquente peut survenir pour de nombreux consommateurs lors d’une erreur de livraison : puis-je garder la marchandise ?